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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 17:38

Khali Mouloud l’homme pacifique.

Khali mohand Tahar le dynamique,

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Khali Mouloud les années 50

Khali Mouloud

Je garde beaucoup de souvenirs de lui et de ses qualités humaines.

Jamais une remontrance, jamais un ton élevé dans la voix.

Tellement il forçait son estime, mon défunt père (bien que son beau frère fut son cadet de 20 ans) lui fit l’honneur de conduire la cérémonie du henné traditionnel lors de mon mariage.

Quant à ma défunte mère, elle le cajolait à outrance.

Pendant les années troubles de la guerre, nous habitions le haut du Telemly et lui était grand bonnet au centre d’Alger

C’était le puiné de ma mère, son préféré et son protégé bien qu’il soit un jeune homme totalement indépendant.

Enfant d’une douzaine d’année, je ne saisissais pas encore le pourquoi et la profondeur de ce penchant maternel que lui témoignait ma mère.

A défaut de cultiver un soupçon de jalousie, je restais quand même débutatif.

Bien que ma grand-mère fût encore vie, c’était d’autorité ma mère qui veillait sur le bien être et les affaires de la flatterie, notamment celles qui relèvent de son cadet (autant, jadis, la cohésion familiale et l’instinct ’’grégaire’’ étaient érigés en principes intangibles, autant aujourd’hui, et malheureusement, cette notion communautaire a été vidée de son sens).

Je garde un souvenir de ses démarches assidues d’entremetteuse pour lui dégoter l’âme sœur et le fixer dans le giron familial.

L’approche et le déblaiement du terrain pour ce qui relève des alliances, obéissaient à l’époque à un cérémonial et aux us et coutumes auxquels on ne pouvait se soustraire.

C’était les requis auxquels on ne pouvait déroger.

Une fois les accords conclus entre les deux parties, ma mère s’investit totalement dans les préparatifs des noces et l’organisation de l’événement festif.

Ô mon Dieu, ce qu’elle était affairée et toute excitée au point de nous maître entre parenthèses ma sœur et moi, nous petits spectateurs de ce grand ramdam.

Les responsabilités revenant toujours aux personnes de stature et de caractère, ma mère imposait de fait son leadership.

Khali Mouloud, j’ai appris à le connaitre petit à petit pendant les années où la guerre urbaine battait son plein dans la ville d’Alger.

Le monument aux morts et en arrière plan le forum et le gouvernement général

Les rues et ses habitants tressaillaient sous le fracas de bombes des fidaïs de la ZAA-FLN d’un coté et des ultras-OAS- de l’autre (voire la nuit bleue d’Alger -130 explosions de plastic).

Pour mémoire, c’est durant cette nuit bleue qu’ont été plastiquées la maison que nous habitions au 64 chemin Joseph Picard -haut du Telemly - et pour la seconde fois, la petite épicerie que cogérait mon père au bas de la même rue.

A cet environnement explosif, se greffait les bruits sinistres et itératifs des armes assassines de nos compatriotes par représailles de la part des forces de police et des tueurs de l’OAS.

Les proies à portée de canon étaient quasiment les femmes de ménage, les dockers –((‘’le 2 mai 1962 à 5h 45mn et avant la distribution des jetons, une voiture piégée explosa au milieu de ces travailleurs. Une charge si puissante qu’elle fera près de 300 victimes: 110 morts et 150 blessés’’ (voir annexe ci-dessous)) et les citoyens lambda qui vaquaient dés l’aube à leur occupations quotidiennes).

Le centre ville en ces années 1958/1962 constituait un centre de conflits et de contestations urbains.

Les rassemblements des activistes de l’Algérie française se faisaient sur le forum du GG.

La rue Charles Péguy face aux facultés d’Alger et celles limitrophes ont été dépavées pour ériger des barricades.

La Gaillarde sur les barricades - facultés centrales

Au cœur de la contestation des insurgés, se distinguaient : Pierre Lagaillarde ( député d'Alger), Joseph Ortiz (patron du bar Le Forum), Jean-Jacques Susini (président de l'Association générale des étudiants d'Algérie) rejoints par des membres des unités territoriales Formées de réservistes originaires d'Algérie.

C’est comme çà, pendant cette période chaotique et nourrie d’incertitudes que se résolvaient les énigmes et les questionnements de mon enfance à propos des rapports ataviques qui liaient les membres de la famille.

Ces liens se consolidaient encore plus lorsque les proches sont décentrés par rapport à la cellule familiale de base.

Chez Gaspard

A cette époque Khali était grand bonnet chez Gaspard (avec son cousin Mohand Said Saadi-voir photo-) puis chez Dédé rue du coq – à Alger centre.

Bien qu’il soit logé et bien placé pour être très bien (auto) nourri, sa sœur s’inquiétait continuellement de sa santé.

Pour cela, elle m’assignait la mission de le pourvoir assez souvent en plats du terroir.

Rue Ben M'Hidi es-Isly / rue du coq

Quelle corvée pour un enfant de douze printemps d’acheminer un couffin depuis les hauteurs d’Alger (Gallieni) jusqu’à hauteur de la rue d’Isly.

Afroukessoul - (Guetta3 warmi)

Un jour c’était carrément une ‘’Kazdira’’ pleine d’ ‘’afroukassoul -Kate3 warmi’’,’’ tout chaud que j’ai eu à trimballer dans les rues d’Alger.

Sur le moment je n’ai pas évalué les risques de la démarche et quand bien même je l’aurais fait, je ne pouvais rouspéter et aiguiser le courroux de ma mère.

L’attention des soldats et la suspicion que pouvait susciter cette ‘’kazdira’’ pendant cette période où les ‘’kazdira’’ explosaient dans tout Alger et les petits ‘’Yaouled’’ suspectés.

Ravioli

Pour l’anecdote, à la réception de ce plat, mon oncle eu cette réflexion qui a provoqué l’hilarité de tous les présents : « toi tu m’as ramené des pates Kabyles, moi je t’offre un plat de pates Italiennes.

Nous nous mimes à table, eux à trois dégustaient goulument ‘’la nostalgie’’ du pays et moi je ne relevais pas la tête de mon plat de ravioli que je découvre pour la première fois -et là, mon oncle a fait œuvre de mon émancipation-.

Le ravioli aurait des origines Persanes, mais vu les similitudes avec notre ‘’afroukassoul’’ on aurait tendance à lui donner une parenté de chez nous.

Sur le chemin du retour lors d’une de ces virées culinaires -couscousilaires et afroukasoulinaires-, j’ai eu maille à partir avec les militaires de Massu.

Escaliers Debussy/Telemly

C’est en arpentant en dandinant les toutes premières marches des majestueux escaliers faisant la jonction entre le Debussy ‘à hauteur du cinéma patronyme) et le Telemly que je me suis découvert une âme de ‘’fidaï’’.

J’ai voulu me mettre à l’air du temps et m’essayer à la résistance.

Comme à l’époque de nos classes élémentaires nous découvrions l’art de l’écriture, nous trimballions dans nos poches (à défaut d’un stylo à plume hors de portée de notre bourse), un petit bout de crayon à mine que nous dégainions à la moindre occasion, surtout, pour donner le change à nos camarades de classe.

La contribution à la révolution baignant dans l’environnement de tout Algérien, le seul moyen à ma portée pour y contribuer se trouvait être mon arme… à mine en ardoise noire.

Je sortis ma ‘’mitraillette’’ de substitution et entrepris de griffonner sur le mur un ‘’VIVE FLN’’.

Ayant à peine ébauché mon entreprise de grand militant, j’ai senti mon oreille prise en étau entre deux doigts rugueux et mes pieds perdant leur adhésion au sol pédalant dans le vide.

On me fit pivoter sur mon centre de gravité et j’ai eu juste le temps d’apercevoir furtivement les ‘’sardines’’ sur l’épaule de ce géant en tenu de parachutiste.

Une voix gutturale, comme un lance flammes dégurgita : « petit fellagha, je vais t’apprendre à faire de la résistance,… écris vive la France ».

Oui m’sieur, oui m’sieur, tout t’suite.

Une fois l’ordre exécuté et le molosse satisfait, je senti l’étau sur mon oreille se desserrer et un coup de rangers bien placé me projeta à bonne distance de l’objet de mon attentat contre l’ordre établi.

Et oui, on est (ancien) moudjahed comme on peu !!!

Khali Mouloud nous quitta paisiblement un jour d’avril de l’année 2006.

Khali Mohand Tahar.

Khali Mohand Tahar était l’ainé de la famille.

Très tôt, il émigra vers la ville d’Akbou (années 40’) où il activa comme assistant dans le cabinet du docteur Si L’Hassen.

Au début des années 50’, il atterrit à l’hôpital Mustapha –salle Dupétrin- Alger, service du professeur Serror.

Je me souviens de cet imminent professeur et d’une gentille infirmière française qui se chargeait de mes soins lors de mon opération d’appendicite dans ce même service lors de mon évacuation d’urgence à partir de l’école Dordor –rue Dupuch- Alger, en 1964.

C’est par toute l’attention dont on faisait preuve à mon égard pendant tout mon séjour que j’en ai déduit toute l’estime et tout le respect qui lui sont témoignés par le personnel du service.

C’est dans cet hôpital qu’il a fait l’essentiel de sa carrière.

Je vénérai mes oncles et plus particulièrement Khali Mohand Tahar qui imposait par son élégance, sa vivacité, son élocution, son enthousiasme et sa stature.

Il engrangeait tellement de qualités que l’on rencontrait très rarement chez ses contemporains, c’était un citadin très en avance sur son temps et ses compatriotes.

Il rivalisait avec les pieds noirs par sa classe ‘’Hatta’’ de grand séducteur: toujours rasé de frais, costumé, cravaté, raie et cheveux gominés, chaussures bien cirées.

Avenue Commandant Abderahmane Mira, ex- Malakoff

Très jeune déjà, je prenais la graine sur lui et pour rappel : c’est à lui que je dois, entre autres, mes premières chaussures italiennes.

Et pour dire, il se confondait parfaitement avec la population du quartier chic où il habitait en couple – avenue Malakoff, Saint Eugene, front de mer à équidistance des stades Marcel Cerdan et St Eugéné.

Du haut de mes trois pommes, j’étais habitué à rendre visite au couple régulièrement pour les weekends.

Mon plaisir était d’emboiter le pas à sa compagne le dimanche matin pour faires ses emplettes au marché de Bab el Oued.

Les trois horloges - BEOued

Je m’émerveillais de la féérie des lieux et de l’animation dans les ruelles convergeant vers la place des trois horloges.

Le tramway - BEOued

Par le tramway en provenance du palais d’été, qui finissait sa course au boulevard de Provence (jusqu’à 1959 date à laquelle la ligne a été désaffectée), les artisanats de tous genres et les ‘’Djitano’’ empailleurs des chaises, se distinguaient les ruelles enveloppées dans des effluves et des odeurs de viandes grillées ;

Les grillades dans les rues de BEOued

Les nuages de fumée en suspension et les airs joués sur des instruments épars et hétéroclites mariés aux grillades qui devaient aboutir sur les tables dressées par les familles résidentes à même la chaussée au bas des immeubles, les cris des enfants et les rires francs des femmes affairées à dresser les couverts, agrémentaient cette ambiance dominicale et bon enfant.

L'écusson pieds noirs

C’était la bamboula du weekend.

C’est ainsi que vivait le petit peuple de BEO, à majorité pieds noirs.

Les courses terminées, nous regagnons la maison vers les coups de midi chargés de victuailles.

Le déjeuner s’étirait jusque à 14h.

L’ordinaire dominical (amélioré à mon attention) se composant le plus souvent de poisson et de viandes se clos avec le fromage et la corbeille de fruits de saison.

Notre régime alimentaire en produits halieutiques se résumant à quelques poissons bleus, c’est auprès de mon oncle que je découvris qu’il existait d’autres espèces de poisson autres que la sardine et la bonite seuls poissons à la portée de la bourse familiale.

Mais, malgré la richesse de cette table bien garnie, -les produits de la bouche étant un art réservé aux nantis et aux initiés-, je jetai mon dévolu sur la merguez qui faisait partie indissociable (et exclusivement à mon attention) des approvisionnements hebdomadaires.

C’était pour moi à chaque fois l’occasion de faire ripaille.

Mes penchants pour la merguez relevaient sans doute d’un phénomène de frustration aiguisée et sublimée par les manifestations festives des rues de BEO.

Le repas terminée, sieste dominicale oblige, mon oncle me glissait la pièce pour suivre les matchs de foot au stade de Saint Eugène ou celui de Cerdan tous proches.

Le hasard a fait que quelques années plus tard je foule, de mes chaussures à crampons, le tuf de ce terrain de football.

C’est dans ces antres que je fis la connaissance entres autres de :

  • MCA : Moulodia Club d’Alger
  • ASSE : Association Sportive de Saint Eugene
  • GSA : Gallia Sport d’Alger
  • OHD : Olympique d’Hussein Dey

et le club de mes premiers pas footballistique :

  • Le RUA : Racing Universitaire d’Alger, club de ma première licence en 1964/1965.

C’était une époque…

J’ai perdu ma mère le 19 décembre 1999, suivie de Khali Mouloud le 06 avril 2066.

Quant à Khali Mohand Tahar, que nous a séparés les contingences de la vie et les tiraillements ataviques dont on n’a pas su faire l’économie pour assurer une harmonisation des relations intra familiales, est disparu un certain 13 octobre.

Malgré toutes les leçons que nous enseignent les tumultes des époques, on ne sait toujours pas, et on ne sera pas en mesure, de transcender le futile au bénéfice du fondamental et de l’essentiel… et c’est dommage.

J’en garde une certaine amertume et une certaine frustration du fait que :

  • Au même titre que toute la famille, j’ai appris par un pur hasard son décès plusieurs années post mortem.
  • Frustré de n’avoir pu assister aux obsèques et lui rendre les hommages qui lui sont dus,
  • Situer et identifier sa tombe pour un recueillement.

La vie est ainsi faite, nul n’est maitre du destin.

Que Dieu les accueille tous trois dans son vaste paradis.

Omar Bouazza

omarbouazza2@yahoo.fr

ANNEXE A

Filiation :

  • Kichou Cherif ben Mohand Tahar et Abdoune Ouerdia - né en 1879 décédé le 02/06/1937
  • Mihoubi Megdouda bent Hmimi et Zemiti Djohra - née en 1988 décédée le 08/02/1963
  • Kichou Mohand Tahar – né 08/11/1910 décédé le 13/10/1979
  • Kichou Louiza - née 25/11/1919 décédée le 19/12/1999
  • Kichou Mouloud – né le 17/08/1927 décédé le 06/04/2006

ANNEXE B

Voiture piégée par l'OAS au port d'Alger à l'heure d'ambaucher des dockers

Le 2 mai 1962 à l’aube, comme tous les habitants de la Casbah, je fus réveillé par une puissante déflagration. « Cela se passe à la place du gouvernement » avons-nous pensé sur le coup, vu la puissance de l’explosion. On apprendra rapidement que cela s’est passé plus bas, sur le port. La voiture piégée actionnée par un commando de l’OAS visait les centaines de dockers venus s’inscrire à l’embauche. 62 morts seront dénombrés. Le jour suivant un autre désastre, sans doute plus effroyable, sera évité grâce dit-on aux pompiers aidés de quelques pieds noirs : l’OAS avait amené sur les hauteurs qui dominent la Casbah un camion-citerne contenant plus de 12 000 litres de mazout et projetait de le rouler en notre direction et de le faire exploser.

Jeune lycéen en rupture de ban, avant l’attentat du 2 mai, j’habitais la Casbah depuis quelques semaines. Avant le cessez-le-feu, les jeunes musulmans internes du lycée Bugeaud, proche du quartier OAS de Bab El Oued, avaient été transférés au lycée de Ben Aknoun. Le 15 mars, un commando delta de l’OAS assassinait Mouloud Feraoun, Max Marchand et quatre autres inspecteurs de l’enseignent, à Chateauneuf, non loin de notre nouveau lycée. Après les Accords d’Evian, notre présence à Ben Aknoun devenait aléatoire, malgré la présence d’une compagnie de CRS, cantonnée à côté des néfliers... Je quittais Ben Aknoun en avril 1962

 le général Salan, chef suprême de l’O.A.S

6 février 1962, édition spéciale de l’Echo d’Oran,

avec Salan en couverture

Trois jours après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, le général Salan, chef suprême de l’O.A.S., avait rendu public son appel à l’insurrection qui l’ordre d’« ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS ». Mais, l’action des commandos de l’OAS sera surtout dirigée contre les populations civiles musulmanes ou contre les Français qui acceptaient ou soutenaient les Accords d’Evian. En Algérie, on a compté 2 200 morts jusqu’à l’arrestation de Salan, le 20 avril 1962. Au total, France métropolitaine comprise, l’OAS a perpétré environ 13 000 explosions au plastic, plus de 2 500 attentats individuels et 510 attentats collectifs.

Les historiens admettent généralement que c’est la fuite en avant meurtrière des partisans de l’Algérie française, galvanisés par l’OAS, qui a conduit à une situation où, pour la majorité des Pieds noirs, l’exil est apparu inexorable.

Saoudi Abdelaziz, 2 mai 2013

ANNEXE- C

El Watan, 5 mai 2008

Il y a 46 ans, l’attentat du port d’Alger

L’Algérie a commémoré, ce 2 mai, le quarante-sixième anniversaire de l’attentat perpétré contre les dockers du port d’Alger.

Le bilan est des plus lourds : soixante-trois chouhada et cent-dix blessés graves. Les victimes n’étaient pas tombées sous les balles de l’armée française, mais suite à un attentat à la voiture piégée. C’était la réponse de l’OAS aux Accords d’Evian, signés le 18 mars 1962. Le 19 mars 1962 ne marque donc pas la fin de la guerre. Une autre guerre allait se poursuivre. « Le cessez-le-feu n’est pas la paix. Le danger est grand et les hordes fascistes et racistes de l’OAS, désespérant de maintenir ‘’l’Algérie française’’, vont tenter d’ensanglanter encore le pays… » Lourde de sens, cette citation est extraite de l’appel lancé le 19 mars 1962 par le président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, Benyoucef Ben Khedda. Parmi les grands problèmes auxquels est confronté le G.P.R.A., réuni au grand complet à Rabat le 21 mars, celui de l’OAS. La rébellion des généraux Salan, Challe, Jouhaud et Zeller le 26 avril 1961 contre le général de Gaulle, président de la République française, qu’ils accusent de vouloir brader « l’Algérie française », complique davantage les choses pour la partie algérienne. Forte de l’appui que vient de lui apporter le « quarteron des généraux factieux », l’OAS, constituée début mars 1961 à partir de Madrid, autour de Pierre Lagaillarde, se sent pousser des ailes. Elle se présente comme la troisième force entre les gaullistes et le FLN. Heureusement pour le GPRA. cette question sera réglée au plus vite par le général de Gaulle qui voyait là une menace pour la France. En perte de vitesse, voyant que leur « Algérie française » était bien morte, saisis de folie meurtrière les ultras, regroupés autour de l’OAS, tentent le tout pour le tout. Dans « un tract explicatif », les chefs OAS ordonnent à leurs commandos « de mettre les grandes villes à feu et à sang, tout détruire, tout incendier ». Ils ont en mémoire Verdun, entièrement détruite pendant la Première Guerre Mondiale et Stalingrad, rasée au cours des rudes combats qui opposèrent l’Armée rouge aux troupes allemandes. Le mois de mars connaît une recrudescence des attentas à Alger.

Dans la seule « nuit bleue » du 4 au 5 mars, 130 explosions ont retenti dans Alger qui retient son souffle. Les instructions des chefs de l’OAS, particulièrement celles de Raoul Salan, visent « à empêcher la réalisation pratique des accords conclus entre de Gaulle et le FLN » par la création de zones insurrectionnelles"… en ouvrant le feu systématiquement sur les unités de gendarmerie mobile et les CRS, en abattant « les personnalités intellectuelles algériennes (professions libérales) et notamment les médecins, dentistes et pharmaciens… ».

Le 19 mars, le général Salan condamne dans une « émission pirate » de l’OAS le cessez-le-feu. Alger, Oran, Sidi Bel Abbès, Mostaganem, Tlemcen, Constantine, Annaba, Skikda… vivent à l’heure de l’OAS. Les manifestations des « casseroles » et concerts de klaxons « trois brèves et deux longues » (Al-gé-rie fran-çaise) rythment l’avant et l’immédiat cessez-le-feu.

Les commandos Delta, commandés par le lieutenant Degueldre, sèment la mort.

Les 611 attentats commis pour le seul mois de mars font 110 chahids, dont Mouloud Feraoun, Ali Hamouten, Salah Ould Aoudia mais aussi trois pieds-noirs Max Marchand, Robert Eymard et Marcel Basset, tous engagés intellectuellement au service de l’Algérie indépendante. Le mois suivant, 647 attentats font 230 chahids. Les attentats culminent au mois de mai avec 1728 attentats pour 350 chahids. Les chefs OAS décrètent, le 18 mars, un « deuil national et une grève de deux jours dans toute l’Algérie ». Une vaste campagne de désinformation est menée tambour battant. L’objectif : provoquer l’apocalypse en cultivant la culture de la peur. Les quotidiens algérois, Le Journal d’Alger et La Dépêche Quotidienne déforment à souhait les clauses des Accords d’Evian. Ces deux titres consacrent de longs articles à « l’abandon complet (par de Gaulle) de la minorité européenne livrée aux tueurs du FLN ». « Placés devant le fait accompli du cessez-le-feu, isolés, sans soutien extérieur, les nervis de l’OAS pratiquaient, en désespoir de cause, la politique de la terre brûlée. Pour mieux contrecarrer les Accords d’Evian, signés à leur insu, ils cherchèrent à bloquer la voie du passage à l’indépendance. Poussés par la haine, ces groupes fascistes fanatisés eurent encore le courage misérable de se lancer aveuglément contre une population désarmée ». C’est dans ce climat de tension extrême d’une part, de désespoir pour l’OAS d’autre part, que le 2 mai, une voiture stationnée à proximité du port explose, là où comme à l’accoutumée s’étaient agglutinés devant le bureau d’embauche des dockers algériens dans l’espoir d’être recrutés pour une journée de dur labeur. Il était 6 heures du matin, ils étaient « près d’un millier avec femmes et enfants », le fourgon piégé était bourré de clous, de boulons, de ferraille. « Une véritable boucherie », soixante-trois morts (63) et cent-dix (110) blessés graves dont certains ne survivront pas à leurs blessures. « Quelques heures plus tard, Belcourt, Climat de France et le quartier musulman d’Oran furent soumis à un intense tir au mortier. Les équipes spéciales des Delta, note Yves Courrière dans Les Feux du Désespoir, s’en donnèrent à cœur joie. Ce jour-là, les attentats de l’OAS firent cent dix tués et cent quarante-sept blessés ». Comme la tribu des Nekmaria décimée en 1865 par la mise en œuvre d’une nouvelle arme, l’enfumage, les « dewkras » d’Alger, chômeurs de toujours, seront à leur tour décimés, emportés par une arme jamais expérimentée auparavent en Algérie, la voiture piégée. La fumée mortelle des grottes de Nekmaria annonce à un siècle d’intervalle les chambres à gaz dans l’Allemagne nazie, quant aux voitures piégées, elles continuent de semer la désolation parmi les populations civiles, cibles en 1961-1962 de l’OAS. Une autre invention à mettre à l’actif des héritiers de Bugeaud, Cavaignac, Lamoricière, Montagnac, Saint Arnaud, Pélissier et autres criminels de guerre. L’attentat du port d’Alger est qualifié d’ « horrible » par le cardinal Duval, archevêque d’Alger depuis 1954. Celui qui a dénoncé la torture deux mois après le déc lenchement de la lutte de Libération nationale, qui a appelé à l’autodétermination en 1956 rapporte qu’ « une agitation extrême régnait dans les rues (d’Alger) ». Toute la population était traumatisée ». Se portant au devant des blessés, il organise avec les Algériens les premiers secours. Il dirige les Filles de la Charité vers les « cliniques clandestines qui étaient établies dans La Casbah » pour prêter main forte aux autres infirmiers et médecins. Nous sommes informés par le cardinal que celui-ci intervient pour que « les blessés les plus graves soient admis à la clinique de Verdun qui était sous l’autorité des Français. Comme cette clinique n’avait pas les moyens de soigner ceux des blessés qui étaient les plus dangereusement atteints, il a fallu intervenir pour que ceux-ci soient admis à la clinique Barbier Hugo, qui dépendait de l’autorité française ». Les militaires français, dont dépendait cette clinique, firent preuve de compréhension et les contacts avec les responsables du FLN ont été « très faciles ». à partir de ce moment que les contacts entre le cardinal et les responsables FLN du quartier se développèrent. Non contente d’avoir provoqué la mort de soixante-trois victimes, l’organisation Delta s’apprête le 3 mai à commettre un attentat encore bien plus sanglant, bien plus barbare. Un camion citerne contenant 16 000 litres d’essence a été lancé, direction bloquée, des hauteurs de La Casbah sur le quartier le plus populeux d’Alger. « Brûler le principal nid où se cachent les rats du FLN » , tel était l’objectif de cette opération qui n’est pas sans nous rappeler dans sa formulation comme dans l’intention de ses concepteurs, les déclarations d’un général américain. Lui aussi, il avait assimilé les résistants de Felloudja à des rats. Le camion de la mort est arrêté à temps par des pompiers et La Casbah ne brûla pas. Témoins vivants d’une histoire héroïque, les « d’wékra » puis après eux les « Fatma », ces malheureuses femmes de ménage au nombre de sept, assassinées par les commandos Delta, le 10 mai, d’une balle dans la nuque, alors qu’elles se rendaient chez leurs employeurs européens, ne doivent pas mourir une seconde fois. Les chouhada de ce mois de mai 1962 sont la conscience de l’autre Algérie, celle des hommes, des femmes et des enfants qui ont bravé, les mains nues, le ventre creux mais le courage plein le cœur et le regard plein d’espoir, les commandos Delta, dignes héritiers des nazis aujourd’hui glorifiés, magnifiés par une droite française revancharde et un pouvoir que rien ne distingue de l’extrême droite raciste ; un pouvoir qui défie l’histoire de France et d’Algérie en perpétuant la mémoire des semeurs de la mort, de ceux qui avaient projeté d’occuper Paris et monter le coup du Petit Clamart contre le père de la Ve. République. Le monument à la gloire des « dewkra » à l’entrée du port d’Alger est une bonne chose, il mérite d’être mieux mis en valeur. Une simple note d’histoire au bas de ce monument à mettre sur un socle plus massif suffirait à rendre la parole à ces chouahada « dewkra », morts pour l’Algérie. Les lieux de mémoire appellent de la part des concernés un plus grand intérêt, car ils matérialisent une histoire trop abstraite qui n’accroche pas. Pourquoi ne pas penser à l’occasion de la prochaine commémoration du 1er Novembre à retranscrire sur une stèle géante, en lettres dorées la proclamation du 1er Novembre ?! La réconciliation de la jeunesse avec l’histoire de son pays passe par des gestes simples, faciles à décrypter qui s’incrustent d’eux-mêmes dans une mémoire à réhabiliter.

Mohammed El Korso

Omar Bouazza

omarbouazza2@yahoo.fr

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