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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 23:28
Feu SAADI Malek -le Vieux Grenadier-

QUI SE SOUVIENT DE :

  • Âammi Malek Saadi et

  • Du Vieux Grenadier

 

C’était durant les années 1950, je n’étais pas plus haut que ça.

 

Les conserves étant hors de notre portée, comme d’ailleurs le frigidaire, nos mamans profitaient de l’abondance et surtout du prix bas de la tomate pour la faire sécher au soleil et constituer  la réserve d’hiver et du Ramadhan ‘’al 3aoula’' au même titre que l’ail et d’autres denrées de première nécessité.

L’activité de transformation relevant des privilèges exclusifs des femmes (il faut signaler qu’elles étaient au foyer, et oui), elles s’octroyaient en la circonstance les privilèges et l’autorité de dicter les règles d’approvisionnement.

Et là, il fallait des bras…d’hommes.

Comme nous n’étions que quatre bras à la maison, on peut s’imaginer la galère que c’était.

Comme pour me narguer, la tomate arrivait sur le marché pendant la période des vacances scolaires, et que mon père avait d’autres obligations professionnelles, les quatre bras se réduisaient à deux.

Sauf que pour cette corvée, les taches étaient réparties, inégalement peu être mais réparties quand même.

Lui il achetait et payait, moi je transportais.  Autorité oblige.

Il faut les aguerrir et qu’ils aient des cales aux mains que disaient nos paternels.

Dans deux filets à légumes de l’époque, je faisais quelques fois  jusqu’à deux vacations par jour - Djama3 lihoud /parc de Galland via Mohamed V ex Sain Séances-.

Les huit ‘’doros’’ qui devaient payer le ticket de bus, je les épargnais pour d’autres usages personnels.

C’est lors d’une de ces corvées quotidienne que j’ai eu à connaitre d’un coup et ce fameux Vieux Grenadier et l’affabilité d’un homme que, par la suite, j’ai toujours admiré de son vivant (Allah Yarahmou) et qui me revient souvent en souvenir après nous avoir quittés.

Ce jour-là, mon père devant répondre à une obligation de dernière minute, n’avait d’autres solutions que de me laisser en stand-by quelque part au centre-ville.

C’est ainsi qu’il me ‘’déposa’’ momentanément au Vieux Granadier,  là ou prenait naissance la rue Bab Azzoun-Alger .Le vieux grenadier

En préambule, il me dit juste ceci :

- Voilà Âamikh Malek Oussaadhi, tu restes avec lui jusqu’à mon retour (envoyez, c’est pesé, c’est bref, concis et précis parce que ça ne jacassait pas à l’époque).

C’était la providence qui est venue à mon secours ce jour-là pour m’extirper de  cette corvée (combien même indispensable et utile pour la famille).

L’affluence des clients en fin de matinée étant presque nulle, j’ai eu pour moi tout seul cet établissement, à mes yeux, somptueux.

Encore plus majestueuse était la personne qui m’a chaperonné pendant quelques heures.

Bien qu’il soit afféré aux préparatifs qu’exigeait son travail dans l’établissement, il me gratifia d’emblée de son sourire légendaire, gravé à jamais dans mes souvenirs.

Ce sourire qui, à des moments appropriés (d’hilarité partagée) s’accentuait juste légèrement pour translater vers un rire maitrisé, léger, bref et saccadé.

Très avenant, il se pencha légèrement pour se mettre à ma hauteur, me souleva légèrement par une aisselle et m’installa sur un très haut tabouret situé en aparté de la salle et de l’office.

Il s’éloigna un moment puis revient avec un verre,  deux bouteilles, l’une petite capsulée claire (limonade), l’autre plus grande à moitié pleine d’un liquide vert (menthe).

Il me montra comment me  servir, et toujours sans se départir de sa courtoisie, il s’enquit sur mes capacités à m’en sortir tout seul et il se remit à son travail.

C’est comme ça que j’ai gouté pour la première fois à ce qu’était un diabolo menthe.

Prévenant, il revint vers moi à maintes reprises en me gratifiant d’un sourire et d’un mot par ci par là.

Sa voix suave ne mettait pas un mot au-dessus d’un autre.

C’était un ton à lui, y compris dans des moments de contrariété.

Les fantasmes d’un enfant d’une dizaine d’années à la rencontre de ce ‘’Malik’’, rasé de frais, chemise blanche, pantalon et cravate noirs, auraient aimé prolonger le plus possible cet instant magique.

Je  ne sais pas pourquoi, pendant un cours instant, j'ai inconsciemment superposé son visage sur celui d'Humphrey Bogart.

Leur démarche rythmée et mesurée, peut être? 

A mes yeux, ils étaient aussi ‘’Grands’’ autant l’un que l’autre.

La réapparition quelque peu prématurée du paternel me rétablit dans la réalité.

C’est comme ça que  je ne manquais pas, à chaque occasion qui m’était donnée,  de rendre visite à Âami Malek Rabi Yrahmou.

C’est d’ailleurs lors d’une de ces visites, qu’a été commis un attentat à quelques mètres dans la rue adjacente.

Comme de coutume, les rideaux de tous les établissements baissaient automatiquement.

Nous nous sommes retiré dans le coin cuisine et avions attendu la décantation de la situation dans le quartier.

         Le terme ‘’déposé’’ (mon père m’a déposé) en début de texte est sciemment utilisé pour montrer la confiance qu’on éprouvait envers cet HOMME.

La quasi-totalité des hommes de la communauté travaillaient à Alger et avaient leur famille au bled.

La guerre aidant, les mouvements étant réduits à leur strict minimum, et logés le plus souvent dans des chambres d’hôtels, leurs biens ne pouvaient trouver un dépôt garanti- sûr- que chez Âami Malek Oussâadhi.

        C’est chez lui qu’inévitablement, convergeaient toutes les informations et le courrier ayant trait au village.

C’était, tacitement, leur ‘’boite aux lettres’’ et le trait d’union avec leurs familles.

A l’inverse des consignes à bagages automatiques et payantes de la gare centrale d’Alger (se trouvant à quelques encablures du Vieux Grenadier), chez Aâmi Malek, le dépôt d’objets de valeur était sûr et gratuit.

          Avec l’adolescence, j’apprenais à connaitre les qualités intrinsèques et l’importance de ce grand Monsieur dans la communauté.

Pour son charisme et sa mesure, il était un dépositaire de bien des secrets.

Conjugué  à celui de sa génération, son sens de médiation dénouait des situations des plus conflictuelles.

      Je l’ai perdu de vue pendant son long séjour au Sahara, mais la distance et son rappel par Dieu ne peut estomper son souvenir dans nos cœurs. 

C’était un sage.

Que tous ceux qui l’ont connu et/ou côtoyé aient une pensée pour lui.

Ina li Allah wa ina Ilayhi radji3oun.

Par Omar BOUAZZA

 

PS/ J’aurais aimé avoir une photo de lui pour l’immortaliser et le rappeler aux souvenirs de tous ceux qui l’ont connu.

A scanner et envoyer à :

Omarbouazza2@yahoo.fr 

 

 

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Published by Athsaidha
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commentaires

KHALED 14/12/2014 19:49

merci pour ce souvenir a ajouter egalement que c'etait la nouvhalte oblige pour tout voyageur venant du bled allah yarhamou youa iouassaa allih comme il'avait faitlui meme de son vivant a tout les
gents qui se sont presentes a lui

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