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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 16:51

La fougue de Hadj Mohand Arezki et

La fugue de ma Grand-Mère 

 

      Voilà une personne qui me revient en mémoire en l’occurrence feu  Benadrouche Mohand Arezki Oubaha, suite à l’insertion des hommages qui lui sont rendus dans la rubrique du même nom par ses petits-enfants.

 

      Hormis les liens familiaux et amicaux qui le liaient à mes parents, il subsistait une reconnaissance, que je partageais d’ailleurs, puisque la fin de notre calvaire à mon père et à moi-même ainsi que la survie de ma grand-mère lui étaient dus.

 

      Pour comprendre les sentiments que nous éprouvions envers cet homme, il faut remonter à l’année 1959 et au 64 bis chemin Joseph Picard où nous habitions.

 

Le Chemin Joseph Picard:

 

      Cette artère, tout en lacet, tracée sur un terrain meuble, a quasiment disparue suite aux fréquents glissements

 

      A cette époque-là, j’allais sur mes douze ans et j’usais mes fonds de culotte sur les bancs de l’école du parc le Mont Riant aujourd’hui parc de Beyrouth.

   Moi en 1959 A 12 ans au Chemin Picard 1959              

                                          Le Parc le Mont Riant Parc Mont Riant

 

      

 

                                                                         

                                                               

Plan du Chemin Picard

Chemin Joseph Picard

 

Ce chemin prenait naissance sur le boulevard Krim Belkacem exTelemly perpendiculairement à la rue Edith Cavell pour aboutir  au milieu du boulevard Bougara ex Galliéni  face à la station d’essence.

Il faut croire qu’à l’origine, son tracé suivait le cours des eaux qui ravinaient depuis El Biar jusqu’aux sablettes via le Champ de manœuvre.

 

  

 

 Les faits : La guerre battant son plein, ma mère a imposé la cohabitation avec ma tante et mes deux cousines qu’elle ramena du bled.

 Elle leur attribua une pièce dans une maison basse avec des chambres alignées comme trois wagons de train.

      Les portes des chambres donnaient toutes sur une courette centrale à ciel ouvert que l’on se partageait selon les besoins –pour étendre le linge, et autres salaison de la tomate etc.-.

      Cette courette donnait sur les toilettes communes excentrées et la porte principale qui donnait directement sur la rue.

      Cette rue pentue et tortueuse donnait tout son sens au relief de ce quartier des hauteurs de la ville.

      Pour mesurer abstraitement cet escarpement, on peut aisément  imaginer  un gros cylindre métallique (ou comme le rocher de Sisyphe) dévalant cette inclinaison.

Sans encombres il finirait sa course au port d’Alger tout près de la Gare centrale.

 

Ma grand-mère : Madame Kichou Chérif née Mihoubi Megdouda dite Megdouda T’tèhmimi 1888/ 08/07/1963

 

      Ce jour qui a revêtu un caractère particulier reste à marquer d’une pierre noire.

Mes parents s’étant absentés pendant une partie de la journée,  ma tante, ma grand-mère et mes deux cousines demeuraient seules à la maison.

A leur retour, ils ont constaté l’absence de ma grand-mère à l’insu de tous.

N'ayant aucune connaissance de l'environnement, son absence étant énigmatique, la premiere réaction était de vérifier, en desespoir de cause, chez les voisins chez qui nous étions locataire. Constat: nada.

 

      Le quartier habité exclusivement par des Français, il serait impossible qu’elle se soit rendue en visite chez eux d’autant plus que nous n’entretenions avec eux qu’une relation distante se limitant aux formules de politesse d’usage.

 

     Donc, restait une seule hypothèse :

En âge avancé et frappée par les prémices d’Alzheimer, elle a dû dans ses déplacements, emprunter la mauvaise porte qui donnait sur la rue.

Comme le cylindre métallique, elle a dû déambuler droit devant mais, à la différence du rocher de Sisyphe, elle n’est plus remontée.

 

      Mon père et moi, on s’est tout de suite mis à sa recherche en suivant un itinéraire préétabli calqué sur des trajectoires possibles.

Comme il parlait bien le Français, il s’est chargé des quartiers européens et moi au regard de mon âge, je pouvais frapper à toutes les portes des foyers et communiquer avec la gent féminine du plateau Sauliere,  l'immense bidon ville de la cité  Mahiéddine (il prenait naissance à hauteur de la salle Harcha qui n'existait pas à l'époque et contournait les Groupes laiques) et Belcourt en particulier.

 

      Nous avions été éreintés par les recherches qui ont duré une huitaine de jours sans interruption.

Nous avions perdu, ma mère tout particulièrement, tout espoir lorsque contre toute attente, une lueur pointa son nez.

L’information selon laquelle il semblerait qu’elle eut été retrouvée a   transité, comme d’ailleurs lors de sa disparition, par 3ammi Malek  Saadi - Vieux Grenadier-.

Le cellulaire n’existant pas encore, les nouvelles nous sont parvenues par la voie du bouche à l’oreille.

 

Ce bol d'oxygène donc, avait pour nom: Mohand Arezki Oubaha.

 

Mohand Arezki Benadrouche: dit Hadj Mohand Arezki Oubaha 08/11/1917 -09/09/1999

 

Hadj Mohand Arezki Benadrouche-copie-1Je connaissais marginalement cette personne au hasard des rencontres familiales.

De rigueur, la distance générationnelle s’imposait tacitement dans les rapports avec nos ainés.

 

      Son envergure physique qu’amplifiait cette distanciation  renvoyait dans l’imaginaire d’un petit gars, une image d’un personnage d’exception et, il l’était effectivement.

Cet aperçu à priori ambigu, s’est évidemment confirmé plus tard avec le discernement de la maturité.

 

      Je dirai même, qu’il s’apparentait dans sa prime jeunesse,à un personnage de fiction.

Il se distinguait par ses allures et sa forte carrure au point de l’associer  dans mes élucubrations chimériques, aux grands catcheurs professionnels Français; Lino Ventura (catcheur/acteur) ou Jacques Ducrez (le bourreau de Béthune) avec lesquels il partageait non seulement la masse musculaire mais aussi l’enthousiasme et la rigueur.

  

   A cette époque dont les difficultés étaient accentuées par les effets de la guerre et du chômage,  il travaillait chez un transitaire Français qui avait ses bureaux et ses magasins aux rue Maréchal Soult et Escaliers rue généraux Morris respectivement parallèle à la wilaya d’Alger et faisant la jonction entre la rue d’Isly et le Palais du Gouvernement.

 

      Hadj Mohand Arezki se distinguait par son attachement rigoureux aux règles morales et religieuses.
Par son esprit communautaire très marqué, il s’est fait un devoir de caser le maximum de ses proches dans des emplois dans la même société.

C'est comme çà qu"activaient plusieurs d'entre ses cadets, entre autres: Salah,  Mahmoud, Tayeb, Kamel etc.

 

Juste une digression; -- Je saisis cette opportunité pour rendre ici, un  hommage

appuyé à Salah Benadrouche.

-- Un homme réunissant beaucoup de qualités, intègre, pieux, doté d’une maitrise de soi et  d’une correction assez rares.

--   C’est de lui qui j’ai appris par un heureux hasard l’expression Kabyle qui dit :

Kathène aghalzim guè  9ouray ensen (Par bêtise,  Ils se piochent le crane délibérément). Rabi Yrahmou we Ywasse3 3aleyh--.

 

      3ammi Mohand Arezki, avec le camion de la société, était mandaté pour l'expédition ou la réception  des marchandises en douanes.

 

      C’est donc au cours de ses déplacements sur le site du port d’Alger  qu’il aperçu furtivement une vieille femme assise sur le quai les jambes ballantes et les pieds immergés dans l’eau.

A la surprise de l'avoir reconnue, s'en suivie une joie immense qu'il ait eu la primeure des retrouvailles.

{C}

 

     Sa première réaction était de la conduire chez lui à Hussein Dey et de solder ensuite ses  obligations professionnelles de la journée en prenant le soin au passage de déposer l’information au QG des Ath Saidha qu’était Le vieux grenadier

le Vieux Grenadier.

 

C’est ainsi donc que mes parents ont récupéré la vieille fugueuse et scellé l’épilogue de son aventure.


 

 Depuis cet événement, j’ai témoigné un respect et une reconnaissance indéfectible à 3ammi Mohand Arezki en particulier, et à tous ceux qui ont partagé nos inquiétudes.

 

PS/ Hadj Mohand Arezki, notre sauveur, a été rappelé à Dieu le 09/09/1999.

 

      Quant à ma grand-mère, elle mourut à Saint Eugène le 08/07/1963.

Pour des raisons que j’ignore, nous avions appris son décès par hasard sur le tard.

Je suis resté sur cette frustration pendant  27 ans.

J’ai cherché avec opiniâtreté à retrouver sa tombe,, qui dans nos esprits était à jamais perdue.

      C’est en décembre 2000, partant d’un indice suite à la disparition de ma défunte mère le 19/12/1999, j’ai relancé les recherches.

L’administration du cimetière d’El Alia ayant montré toute son inefficacité, j’ai fait recours, en dernier recours, à un vieux fossoyeur depuis fort longtemps retraité.

Il a été d’une bienveillance et d’une disponibilité extraordinaires.

       

     Au terme d’un exposé sommaire, il m’intima l’ordre de rester sur place et se mit d’emblée à chercher dans les carrés que je suppose en moi-même, à jamais  répertoriés par époque dans sa tête.

Je le voyais disparaitre par moments au milieu des tombes et des hautes herbes quand tout à coup, il leva les bras.

Je compris tout de suite que l’investigation a donné des résultats.

La tombe maçonnée, a quelque peu souffert par l’usure du temps.

27 ans d’espoirs n’ont pas été vains et j’ai ressenti sur place des sensations à la fois physiques et affectives.

 

     Mon compagnon providentiel d'un instant étant parti, je demeurai là muet de saisissement et hébèté par cette furtive apesanteur.

L'intensité de cet instant m'a immergé dans une espèce d'euphorie au point de perdre le sens des réalités pendant un bon moment.

 

     Depuis, et quelquefois accompagné de mon épouse, nous nous recueillons en sa mémoire.

 

Allahomma Yghfir lahoum wa R’Hamhoum wa 3'fou 3anhoum wa Akrimhoum; Allahomma Wassi3 mèdkhalahoum wa Adkhilhoum Aljannah.

Ina li Allah wa Ina Yleyhi Radji3oun.

 

Omar Bouazza

Omarbouazza2@yahoo.fr

 

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Published by Athsaidha
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touf 24/02/2015 15:18

bonjour monsieu omar je vien de voire la photo de ta maman( kalti luiza) hoo une femme bien je me souviens la récolte des olive et elle cri elle fait de l'ambiance et elle ma-pelle toute les
montagne de eharkan résonne viens aide moi a ramasser les sac des olive et papa me dit vas vite ta tante ta pelle jais les bonbon(cap risse) et les chocolat tu nous rappelle beaucoup avec ce belle
photo bravo monsieur omar

touf 24/02/2015 14:16

je vous remercie monsieur omar de parler de se grand homme dit kali mouhand razki qui a beaucoup de courage et beaucoup familial et toujours la oui il faut pour le village la mosquée, la route du
village il étai fort et courageux et il communique bien avec les jeunes je l'oublie jamais. un grand coucou a CA fille adoptif et son marie courage et rahimahou allah

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